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Full text of "Le diable amoureux : ballet pantomime en trois actes et huit tableux"

LE DI 




AMOUREUX , 

BALLET PANTOMIME EN TROIS ACTES 

ET HUIT TABLEAUX, 

PAR MM. 

M>m 1 SAMJVT-&EOII&JES et JtMJL&fJLÏJEM. 
Représenté le 23 septembre 1840. 



PARIS, 

HENRIOT ET C e , ÉDITEURS, RUE DENGMEN, 10, 

V e JONAS, LIBRAIRE DE L'OPÉRA. 



JUNTA DELEGADA 

DEL 
TESORO ARTISTICO 

Libros depositados en la 
Biblioteca Nacional 

Procedencia 



N.° de la procedencia 



àîML 



LE DIABLE AMOUREUX, 

BALLET PANTOMIME 

EN TROIS ACTES ET HUIT TABLEAUY. 



\ 



Imprime: ïc de U™» Ds L*eoiiB«, ru« d'Engliiieii , 12. 



LE 



DIABLE AMOUREUX 

BALLET PANTOMIME 

EN TROIS ACTES ET HUIT TABLEAUX, 



MM. DE SAINT-GEORGES ET MAZILIER, 

MUSIQUE DE MESSIEURS 

BENOIST (1 er et 3 ,no actes), RÉBER (2 m « acte). 

DÉCORS DE MM. PHILASTRE ET CAMEOIV, 

REPRÉSENTÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS, A L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE , 
LE 23 SEPTEMBRE 1840. 



PARIS, 

HENRIOT ET C Ie , ÉDITEURS, RUE D'ENGHIEN, N' 10, 

V JONAS, LIBRAIRE DE L'OPÉRA. 



1840. 



ACTE PREMIER. 





PREMIER 


TABLEAU. 




PERSONNAGES. 








ACTEURS. 


BELZÉBUTH 






MM. 


MONTJOIE. 


FRÉDÉRIC 








Mazilier. 


HORTENS1US 








Barrez I er . 


SIMPLICE ) 








] Élie. 


LE GRAND VIS1RJ" 








BRACACCIO..... 








Simon. 


LE GRAND BAILLI.. 








Quériau. 


UN SEIGNEUR 








CORALLI (ils. 


UN PIRATE.. 






Adice. 


UN PIRATE 








Desplaces fils. 


UN PRÊTRE...., 








L. Petit. 


PHOEBÉE , 






M »e. 


! Non L ET. 


URIELLE , 






Pauline Leroux. 


LILIA ,.. 






Nath. Fitzjames. 


THERESINE 


) 






Mazilier. 


JANETTA 








Adèle Dumilatre 


UNE DIABLESSE 






Roland. 




CORYPHÉES 




M raes Albertine. 






M mes 


Robert. 


Garré. 








Dimier. 


Caroline. 








M arque t l ,c . 


Célestine. 








Laurent. 




M. Desplaces 


111s. 





PAS DÉTACHÉS, 



Pas de 3. MM. Petipa; M 1Ieï Blangy, Sophie Dumilatre. 

Pas de 2. M. Auguste Manille ; M 1Ie9 Nathalie Fitzjames. 

Pas de h. M me ' Alexis, Nathalie Fitzjames, Maywood, Adèle 

Dumilatre. 





PECHEURS 






MM. Chatillon. 




MM 


. Jules. 


Sauton. 






Gourdoux. 


Duhan. 






Ponceau. 


Constant. 






Martin. 


Briolle. 


PAYSANNES 




Cornet 2 me . 


M" 10 ' Haasnliut. 




M m " Delaquit. 








Paget. 


Baillet. 






Rodriguez. 


Duménil. 






Mari m on. 


Coison. 






Lenoir. 


Coupotte. 






Pézée. 


Gélarius l re . 






Dërouen. 


Célarius 2 me 






Créanche. 


Marquet % m{ 






Pêche. 


Lacroix. 






Gaucher. 


Gougibus. 






Ruet. 


Sabatier. 






Varaine. 


Gampan. 










JEUNES PAYSANS. 




MM. Eraest. 




MM. 


Maugin. 


Dimicr. 






Hardy. 


Lejeune. 






Alex. Petit, 


"Wiéthof. 










JEUNES PAYSANNES. 




il lles Laurent 2 me . 




M llcs 


Jeunot. 


Masson. 






Franck. 


Bouvier. 






Datas 2 mc . 


Lacoste 2 m ". 






Hunter. 


Jeandron. 






Chambre t. 


Potier. 






Vioron. 


Cassan. 






Cartemberg. 


Drouet. 






Cruchard. 


Julien. 









Vingt-trois comparses dans cet acte. 



ACTE TROISIEME. 

PREMIER TABLEAU. 

DÉMONS HOMMES. 

MM. Isambert. MM. Darcôurt. 

Martin. Durand. 

C. Petit. Constant. 

Feltis. Cornet 2 me . 

Ponceau. Duhan. 

DÉMONS FEMMES. 

M mes Lacroix. M mes Saulnier 2 rae , 

Coupotte. Duménil. 

Campan. Baillet. 

Delaquit. Ligni. 

Sabatier. Leclercq. 



DEUXIÈME TABLEAU DU TROISIÈME ACTE. 

EUNUQUES. 

MM. Chatillon. MM. Briolle. 

Lenoir. Dugit. 

PIRATES. 

MM. Scio. MM. Barez 2 me . 

Gondoin. Guiftard. 

MARCHANDS. 

MM. Lenfant. MM. Bégrand. 

Cornet 1 er . Grenier. 

Lcfèvre. L. Petit. 

NÈGRES. 

MM. Alex. Petit. MM. Rouyet. 

Dimier. Gourdoux. 

Ernest. Lejeune. 

Maugin. Wiethof. 

BAYADÈRES. 

M lUs Masson, Marquet 2 me , Delbès, Toussaint, Delestre, Drouet, 
Paget, Bouvier. 



ODALISQUES. 

C9 Caroline, Dimier, Célestine, Robert, Laurent, Haasnhut, 
Marque* l re , Robin, Aihalie, Gougibus, Bénard l ro , Josset, 
Courtois, Dubignon, Célarius 2 me , Chevalier, Wiéthof, Pé- 
rès, G albj , Babas i rc . 



M BC9 Rodrigucz, Marimon, Lenoir, Pézée, Derouen, Gaucher, 
Pèche, Créanehe, Ruet, Yaraine, Lacoste 2 mc , Jeandron , 
Potier, Cassan, Julien, Jeunot, Franck, Dabas2 me , Hunier, 
Chambret, Vioron, Gartemberg. 

TROISIÈME TABLEAU. 
M. Mazilier; M n,es Leroux, Nathalie Fitzjames. 

QUATRIÈME TABLEAU. 

MM. Montjoie, Mazilier; M mcs Leroux, Nathalie Fitzjames, Roland. 
Paysannes ; Démons, 



LE 

DIABLE AMOUREUX. 

ACTE I. 
PREMIER TABLEAU. 



Le théâtre représente le parc d'une villa appartenant à la Phœbée. A 
droite de l'acteur, un kiosque élégant; au milieu, une table de jeu. On 
monte à ce kiosque par un perron de quelques marches placé en face 
du spectateur. 



SCENE PREMIERE. 

Une fête champêtre est dans tout son éclat. Phœbée* 
la maîtresse du château, est assise dans le kiosque du parc, 
entourée de nombreux sigisbés, et assiste aux danses 
joyeuses des paysans de sa villa. 

Le comte Frédéric, l'amant de Phœbée, placé près 
d'elle, semble lui faire la cour, tandis que le vieux doc- 
teur Hortensius , le gouverneur du comte , debout près de 
son élève , regarde la fête, avec une expression d'humeur 
et de colère!.. Lilia, l'une des jeunes paysannes, semble 
fixer l'attention du comte Frédéric ; il descend du kiosque, 
s'approche de la jeune fille, lui parle avec bonté, la com- 
plimente sur sa danse légère ; mais Phœbée , inquiète de la 
galanterie de son amant, vient avec humeur l'arracher à 
son admiration, et le force à se rasseoir près d'elle. 



- 12 - 

Lilia et ses jeunes compagnes dansent un pas national 
devant la société : on se disperse ensuite dans les jar- 
dins, en suivant Phœbée, la reine de la fête, qui en fait les 
honneurs à ses invités!., elle engage Hortensius à les ac- 
compagner, mais le vieux savant se détourne et s'éloigne 
avec impatience. Frédéric feint de les suivre , mais il re- 
vient bientôt, et court à Lilia, restée seule dans un bosquet 
près de Thérésine sa mère. 



SCÈNE IL 

Frédéric interroge la jeune fille avec un vif intérêt, et 
lui demande où il l'a déjà vue? Lilia troublée, lui répond 
qu'il l'a connue toute petite. Elle lui rappelle les jeux de 
leur enfance, puis, fait approcher sa mère et la lui pré- 
sente. C'est la nourrice du jeune comte ; à ce souvenir, Fré- 
déric court à la vieille femme et lui témoigne toute son 
affection; il s'approche ensuite de Lilia, saisit sa main 
qu'il baise tendrement au moment où reparaît la Phœbée. 

SCÈNE III. 

Phœbée s'avance vivement vers Frédéric , et lui demande 
compte de cette étrange scène : « C'est ma nourrice et ma 
sœur de lait , » lui répond Frédéric avec distraction. « Eh 
bien » , réplique la courtisanne, « donnez de l'or à cette 
jeune fille, mais ne l'embrassez pas. » Frédéric craignant 
d'humilier Lilia en suivant le conseil de sa maîtresse , se 
contente de lui offrir un riche anneau qu'il porte à son 
doigt; Lilia le reçoit avec reconnaissance et s'éloigne vive- 
ment sur un signe de la Phœbée. 



SCÈNE IV. 

Une querelle de jalousie commence alors entre Frédéric 
et sa maîtresse. Après des reproches mutuels , Phœbée dé- 
clare à son amant qu'elle ne tient plus à lui , qu'elle écou- 
tera ses rivaux. Frédéric piqué, l'assure de son indifférence. 
Le vieux gouverneur qui reparaît en ce moment semble 
enchanté de cette rupture et en félicite son élève. 



— 13 — 

SCÈNE V. 

Les sigisbés de la courtisanne reviennent alors, ainsi 
que toute la société, et la Phœbée, joignant l'effet à la me- 
nace , accueille les cavaliers avec autant de grâce qu'elle 
leur témoignait tout à l'heure d'indifférence. Frédéric fu- 
rieux et jaloux, tourne le dos à son gouverneur et refuse 
de s'éloigner avec lui. Trahi par les femmes, il va tenter 
la fortune: il va jouer. Hortensius épouvanté, essaie en 
vain de l'en empêcher ; Frédéric l'envoie promener et s'é- 
lance à la table de jeu du kiosque qu'il couvre d'or. 

Une partie très animée s'engage alors entre lui , plu- 
sieurs seigneurs et la courtisanne qui préside au jeu. Hor- 
tensius, tremblant derrière le siège de son élève, cherche à 
l'arrêter; pendant ce temps, de nouvelles danses se for- 
ment dans le parc ; Lilia se glisse près du kiosque, regarde 
tristement Frédéric qui perd à chaque coup et semble 
de plus en plus agité. — Une discussion très vive s'engage 
à la table de jeu; les danseurs s'arrêtent un instant, puis 
reprennent la valse interrompue par cet incident. 

Le comte perd toujours, mais il veut rejouer encore, lors- 
que ses adversaires se lèvent et déclarent que le comte 
ayant tout perdu , la partie doit en rester là ! — Frédéric , 
honteux et plein de rage, sort du kiosque, avec désespoir, 
suivi de la courtisanne et des autres joueurs. Il est ruiné, 
désespéré , il ne possède plus rien au monde ; la querelle 
du kiosque s'est ranimée, les épées sont prêtes à se tirer, 
lorsque Lilia s'élance vers Frédéric, et lui présentant avec 
émotion la riche bague qu'elle en a reçue, elle le supplie de 
la reprendre et y joint sa croix et ses autres bijoux, dont 
elle se dépouille pour les lui offrir. 

Frédéric, vivement touché du dévouement de la pauvre 
fille, n'accepte que sa croix et le chapelet qui lui sert de 
chaîne ; ils les presse sur ses lèvres et les met sur son cœur; 
puis au moment de s'éloigner il provoque de nouveau ses 
adversaires, qu'il accuse de l'avoir trompé, la Phœbée se 
jette entre eux; Lilia fond en larmes, et Frédéric est entraîné 
par Hortensius au milieu des menaces et du tumulte ; tout 
le monde sort. 

FIN DU PREMIER TABLEAU. 



- M - 
DEUXIÈME TABLEAU. 

Le théâtre représente une vieille bibliothèque gothique , située clans une 
tour; des livres poudreux sont placés, çà et là, sur les rayons; au- 
dessus d'une vaste cheminée est peinte une ancienne légende repré- 
lant Belzébuth mettant un diable sous la forme d'un page, au service 
d'un des ancêtres du comte Frédéric, en échange de son ânie. Une 
vaste fenêtre ouverte, laisse pénétrer les rayons de la lune qui éclaire 
seule le vieux donjon. 

La scène se passe dans un manoir abandonné, appartenant encore au 
comte Frédéric. 



SCÈNE I. 

janetta la petite servante du château, parait une lanterne 
à la main , suivie de Simplice son amoureux. Les deux 
paysans entrent avec crainte dans la tour. Simplice lutine 
Janetta et va l'embrasser, lorsqu'on sonne avec force a la 
porte du vieux donjon ; Janetta et Simplice tremblans , hé- 
sitent à ouvrir... Janetta, plus brave, se décide à y cou- 
rir, et rentre aussitôt , introduisant deux voyageurs. 

SCÈNE IL 

C'est le comte Frédéric suivi d'Hortensius; leurs man- 
teaux sont trempés par la pluie. Simplice reste stupéfait 
en reconnaissant son jeune seigneur. Frédéric lui jette sou 
manteau... Tandis que le vieux savant court à la cheminée 
dans laquelle Janetta s'empresse de faire du feu... Simplice 
vient offrir ses services au jeune comte qui les refuse en 
montrant Janetta : « C'est elle seule qui me servira, » dit- 
il en lui prenant le menton. Janetta paraît ravie de la pré- 
férence de Frédéric , et se moque de Simplice qui enrage 
de jalousie. 

Hortensias s'empresse de renvoyer les deux domes- 
tiques. 



- 15 - 

SCÈNE III. 

« Voilà tout ce qui nous reste au monde , grâce à mes 
folies », dit le jeune comte au vieux savant, en lui montrant 
la tour... Hortensius lui tend la main, et semble lui dire : 
« Et moi donc, ne vous restai-je pas? pour vous aimer, 
pour vous servir... » Frédéric serre la main du vieillard 
avec effusion. . . « Plus rien , dit-il , c'est triste ! » Il s'assied, 
et paraît au désespoir... Hortensius va lui chercher des 
livres sur les rayons de la bibliothèque ; il les lui présente : 
« La lecture vous calmera, » dit-il. Frédéric parcourt plu- 
sieurs volumes avec distraction, et les rejette ensuite avec 
mépris. Il ouvre enfin un vieux et large manuscrit pou- 
dreux , sur la couverture duquel se trouvent tracés des ca- 
ractères magiques. 

A peine a-t-il lu quelques lignes qu'il paraît éprouver la 
plus vive surprise. Il montre le manuscrit à Hortensius, qui 
recule avec effroi. Il a l'air de dire à son élève que ces ca- 
ractères cabalistiques le brûlent... Frédéric lui rit au nez ; 
il indique qu'il veut essayer l'effet de ce livre merveilleux. 
Il trace un cercle , et se place au milieu. 

Hortensius se jette à ses pieds et le supplie de renoncer 
à cet affreux projet. Frédéric lui répond qu'il est ruiné, 
qu'il n'a plus rien sur la terre, et que le diable seul peut 
le secourir !.. La frayeur d'Hortensius redouble ; il exprime 
combien le diable serait horrible à voir : « Du tout » répond 
Frédéric ; « je veux en faire mon valet , mon esclave... mon 
page, comme celui-ci,» dit-il, en montrant le portrait du 
page de la légende ; puis , sans écouter davantage les sup- 
plications d'Hortensius, il commence une conjuration... A 
peine a-t-il fait une première évocation , le livre infernal à 
la main , que le tonnerre gronde , les lumières de la tour 
s'éteignent; de larges éclairs y répandent seuls une clarté 
blafarde!... Hortensius se sauve avec les signes du plus 
grand effroi. Frédéric redouble ses conjurations , il veut 
dompter l'esprit des ténèbres , le forcer à lui obéir... Tout- 
à-coup , un bruit affreux se fait entendre : la foudre éclate. 
Frédéric, succombant à la terrible émotion de ce spectacle, 
s'évanouit au milieu de cette scène d'horreur. 

La cheminée s'agrandit alors, le fond s'ouvre lentement; 
un long et pâle rayon de lune se projette dans l'obscurité 



- 16- 

par l'ouverture, et sur ce jet lumineux s'avance majes- 
tueusement Belzébuth , l'œil en feu, le front terrible et me- 
naçant ; à ses pieds est accroupie Urielle, démon de l'ordre 
féminin , blanche et pâle créature que le seul regard du 
maître fait trembler. 

Belzébuth examine avec pitié le jeune homme évanoui : 
« Quoi! c'est là»semble-t-il dire « le mortel audacieux qui 
voulait me rendre son esclave , un pareil maître est indigne 
de moi, cette créature lui suffit, » dit-il, en désignant 
Urielle. 

Sur un geste de Belzébuth , Urielle se lève : « Regarde » 
lui dit le démon en lui montrant Frédéric « voilà ton seigneur 
et ton maître. Je te donne à lui, tu lui obéiras en toutes 
choses , mais à condition que tu me le donneras à ton tour. 
Je le veux, il me le faut. » 

Urielle s'approche alors du jeune comte évanoui ; elle 
tourne autour de lui, l'examine avec attention. Sa jeu- 
nesse , sa beauté la frappent de surprise et d'intérêt. Bien- 
tôt, son émotion redouble, la pitié s'empare d'elle ; un 
sentiment plus tendre paraît l'agiter, et, se jetant aux 
pieds de son maître infernal, elle semble lui demander 
grâce pour le jeune homme. 

Belzébuth fait un geste terrible de colère et de menace. 
Urielle se prosterne et jure d'obéir. «Tu seras son varlet, 
son page , » lui dit Belzébuth , en désignant le portrait du 
page que Frédéric montrait au vieux savant à la scène pré- 
cédente. 

Urielle témoigne un vif regret d'être forcée de cacher 
son sexe ;... mais sur l'ordre impérieux du maître , elle s'a- 
genouille à ses pieds... Un signe de Belzébuth la métamor- 
phose tout-à-coup en un jeune et joli page. — Un cercle 
de feu l'entoure; elle se redresse alors, et jure au maître 
d'obéir. Une musique infernale éclate ! Le maître des enfers 
disparaît... La tour reprend son aspect ordinaire, et quand 
le jeune comte ouvre les yeux, il se trouve seul avec le 
petit page agenouillé devant lui et lui faisant respirer des 
sels. 

Frédéric surpris ne sait que croire en le voyant : « Qui 
es-tu?» lui demande-t-il : «Ton esclave, » répond le page 
en souriant. « Ne m'as-tu pas appelé? » ajoute -t-il en lui 
montrant le livre magique. « Quoi ! » s'écrie Frédéric , « tu 



- 17 - 

serais?.. — Ordonne, et tu verras, répond Urielle... Fré- 
déric, d'abord ému, se rassure bientôt et veut essayer son 
pouvoir... «Viens me servir, ■ dit-il au page, en s' affer- 
missant dans son courage... < Qu'ordonnes-tu ? > répond 
Urielle... < Je veux d'abord un festin, une collation magni- 
fique pour mon gouverneur et moi. i Sur un geste du page, 
une table grossière se couvre de cristaux, de vases d'or 
et de candélabres éclairant un somptueux repas. • C'est 
bien .» dit Frédéric... Le page s'approche du jeune homme 
pour lui baiser la main, mais Frédéric le repousse avec 
mépris... Le page confus s'éloigne en montrant un vif cha- 
grin, et se retire dans un coin avec dépit. 

SCENE IV. 

Hortensius entrouvre timidement la porte du fond . et 
reste stupéfait en voyant le page près de son élève. Fré- 
déric s'amuse un instant de la surprise du vieux docteur. 
( Je suis riche, je suis puissant maintenant, i lui dit-il, » 
j'ai le diable à mon service. — Le diable ! i s'écrie Horten- 
sius. — < Le voilà ■ répond Frédéric en lui montrant le 
page, dont Hortensius s'éloigne avec une vive terreur. « Il 
n'est pourtant pas si effrayant . » dit le comte , en appelant 
le page qui accourt avec empressement. Hortensius se re- 
cule avec horreur; et le diable, humblement soumis avec 
Frédéric, s'en dédommage en lutinant le vieux savant qui 
tremble de peur. Frédéric se place à table , et fait asseoir 
Hortensius près de lui. Hortensius s'enhardit. Le page leur 
verse à boire , et se multiplie pour les servir. La fatigue et 
l'effet des fréquentes libations de Frédéric finissent par 
troubler ses idées et appesantir ses yeux. Le page , qui 
l'examine avec attention , semble s'en applaudir ; il lui 
verse de nouveau, et Frédéric, se laissant tout-à-fait aller 
au sommeil, finit par s'endormir profondément. Mais 
Hortensius tient bon; il boit toujours et ne s'endort pas. 
Urielle, impatientée de ne pouvoir réussir à l'enivrer, 
étend la main vers lui, et le docteur retombe lourdement 
dans son fauteuil complètement assoupi. Urielle s'avance 
alors doucement vers Frédéric . le regarde avec passion ; 
puis, effrayée d'un mouvement de Frédéric, qui semble 
annoncer son réveil, elle se cache derrière le sofa où 



- 18 - 

s'est endormi le comte. Elle relève bientôt la tête pour 
s'assurer de son sommeil; mais ses habits de page ont dis- 
paru, une tunique de gaze l'enveloppe sans cacher ses 
charmes. Elle court à Frédéric, met sa main sur le cœur 
du jeune comte, que ce doux contact semble agiter. 
Ravie de ce premier succès , elle continue ses attrayantes 
coquetteries : tantôt elle lui laisse entrevoir une taille 
élégante, un bras charmant, puis elle s'enveloppe dans 
son voile de gaze ; elle danse devant le jeune homme 
le pas le plus séduisant, variant ses poses gracieuses; 
tantôt courant à lui comme pour le serrer dans ses bras, 
puis le fuyant aussitôt voltigeant et semblant planer sur 
son sommeil ! L'émotion de Frédéric semble augmenter 
à chaque instant. Cette enivrante vision le charme et 
le transporte. Urielle enfin, se penchant sur lecomte, ter- 
mine sa danse en effleurant son front de ses lèvres. A 
cet instant, Frédéric fait un brusque mouvement pour 

s'éveiller Urielle surprise fuit rapidement. Le comte 

arraché au sommeil par l'agitation de son rêve , ouvre 
les yeux, s'élance au milieu de la chambre, cherchant 
avec anxiété la gracieuse fiction du songe. Il s'efforce de 
rappeler ses idées confuses; il réveille Hortensius, et 
l'oblige à chercher partout, avec lui, l'être surnaturel qu'il 
vient de voir en songe. Après avoir visité tous les coins de 
la tour , Hortensius désigne à son élève un dressoir go- 
thique, où, dit-il, le diable seul peut se cacher. Frédéric 
l'ouvre aussitôt en se moquant de son gouverneur; mais 
quelle est sa surprise en y retrouvant, non pas Urielle, 
mais le petit page blotti au fond, et paraissant honteux et 
tremblant. 

SCÈNE V. 

On sonne avec force à la porte du château. Hortensius 
court à la fenêtre, et annonce à Frédéric l'arrivée de ses 
créanciers, qui viennent en foule réclamer leur argent. 
Frédéric désolé répond qu'il n'a plus rien, qu'il ne pourra 
les satisfaire « Ne suis-je pas là, » dit le petit diable ; puis, 
sans attendre l'ordre de son maître, il court à la porte et 
introduit les créanciers. 



- 19 - 

SCÈNE VI. 

A mesure que les créanciers se présentent, le diable se 
fait remettre leurs titres; puis, les saluant humblement, il 
les fascine d'un geste, et chacun d'eux devient immobile à 
son tour clans la position où il a parlé au diable. Frédéric 
ne peut retenir sa gaîté à la vue de ces étranges figures , et 
Hortcnsius, qui la partage, subit le sort des créanciers, et 
se trouve, comme eux, métamorphosé en statue. Sur un 
signe d'TJrielle, le dressoir se couvre de sacs d'argent ; le 
malin démon en place un dans la main de chacun des créan- 
ciers et les rend à la vie; mais, quand ils veulent compter 
leurs espèces , un nuage de fumée sort de chacun des sacs. 
Furieux , ils s'élancent sur Frédéric pour l'arrêter ; le diable 
s'empresse de leur montrer leurs elfcts acquittés, puis il 
les foudroie, les renverse tous d'un geste, et sort avec 
Frédéric, sur ce tableau, en leur riant au nez. 



FIN DU PREMIER ACTE. 



ACTE IL 
TROISIÈME TABLEAU. 

Le théâtre représente un riche salon du palais du comte Frédéric. 



SCENE I. 



On est à la fin d'une joyeuse orgie ; le comte , riche et 
heureux depuis qu'il commande au diable , se livre à toutes 
ses passions; on rit, on boit, on joue chez lui ! de jolies cour- 
tisannes, en costumes de bacchantes et de nymphes, dansent 
au milieu de cette fête. 

Le diable enchanté de tout ce désordre, l'augmente 
encore , en brouillant les amans, en se moquant des joueurs 
malheureux, et en tourmentant Hortensius qui le fuit avec 
effroi toutes les fois qu'il s'approche de lui. 

SCÈNE IL 

Simplice et Janetta sa fiancée, viennent saluer Frédéric, 
leur jeune maître. Le comte trouve la petite charmante , 
l'attire dans un coin, et lui fait la cour. Urielle, jalouse de 
l'attention de Frédéric pour la jeune servante, le montre à 
Simplice et excite sa colère. Frédéric envoie Simplice pro- 
mener. Il prend la main de Janetta et va l'embrasser, quand 
Urielle n'y tenant plus , fait un signe sur lequel toutes les 
lumières s'éteignent, et le plus grand trouble règne alors 
dans la fête : on se cherche , on se fuit, les amans sont sé- 
parés de leurs maîtresses , les querelles et les raccommo- 
demens se succèdent rapidement ; le diable s'empare de la 
petite servante , l'éloigné ainsi de Frédéric , mais celui-ci 
la retrouve , et le démon jaloux fait aussitôt revenir les 
lumières, et montre à Frédéric, Phœbée, sa maîtresse, qui 
paraît au fond. 



2*2 

SCÈNE III. 

Phœbée s'avance vers Frédéric et lui fait des reproches 
sur son abandon. Le jeune comte s'éloigne sans lui répon- 
dre. La danseuse feint alors de fondre en larmes, Frédéric, 
ému, court à elle et redevient presque tendre, il la con- 
sole et lui pardonne : le page lève les épaules, et a l'air 
de lui dire qu'elle se moque de lui , mais Frédéric, tout à 
son amour, refuse de l'écouter ! 

La fête recommence ; Phœbée laisse tomber le manteau 
qui la couvrait et se mêle à la danse. Le page qui voit 
l'ancienne passion de Frédéric renaître à l'aspect des grâces 
et du talent de Phœbée , va la prier de danser avec lui. 
Alors commence un pas original, où, tout en dansant, 
le diable la fascine de telle sorte qu'elle finit par tomber 
clans ses bras au moment où le comte allait faire cesser 
cette danse étrange. Frédéric s'approche avec surprise 
et courroux ; il interroge sa maîtresse qui semble sortir 
d'un rêve. La danse cesse... tout le monde stupéfait se re- 
tire sur un signe du comte, furieux d'un semblable événe- 
ment ! 

SCÈNE IV. 

Frédéric veut également congédier le page , pour rester 
seul avec la courtisanne; mais le diable jaloux refuse de 
sortir ; le comte le menace , et Urielle, feignant de s'éloi- 
gner, va se cacher derrière le sofa sur lequel le comte 
vient d'attirer sa maîtresse !.. Frédéric, revenu de sa sur- 
prise, se montre de plus en plus tendre pour Phœbée, il 
va la presser dans ses bras, quand une idée subite s'em- 
pare du page furieux. Il fait un signe , la porte du fond 
s'ouvre fantastiquement, et l'on voit au fond se dessiner 
la gracieuse figure de Lilia! A peine Frédéric l'a-t-il aper- 
çue, qu'il s'échappe des bras de la courtisanne stupéfaite, 
et court à la glace. L'image de Lilia disparaît , et ne la 
voyant plus , il s'élance sur les traces de la jeune fille hors 
de l'appartement. Phœbée, furieuse de se voir ainsi aban- 
donnée, s'éloigne de son côté en jurant de se venger; 
Urielle enchantée de sa ruse, se moque de la courtisanne 
en feignant de la consoler, 



SCENE V. 

A peine Frédéric s'est-il éloigné que Lilia paraît conduite 
par Tlîérésine sa mère... Cette fois, ce n'est plus une fic- 
tion, c'est la jeune fille qui vient visiter son frère de lait, 
l'objet de toutes ses pensées. 

Le page sent que cette rivale est plus dangereuse que 
toutes les autres. Quel triomphe, s'il la rendait infidèle. 
Il éloigne Thérésine d'abord, et resté seul avec la jeune 
fille , il lui prend la main... Lilia la retire vivement, comme 
si elle eût senti le contact d'un fer rouge. Le page sourit 
et commence à devenir tendre avec Lilia , quand Fré- 
déric reparaît tout-à-coup , à la grande surprise du diable, 
qui prend aussitôt un air innocent à la vue de son maître. 

SCÈNE YI. 

Frédéric transporté de joie de retrouver Lilia, la serre 
contre son cœur. Le diable trépigne de colère ; tout-à-coup 
la porte du fond se rouvre. Phœbée paraît et le diable lui 
montre Frédéric aux genoux de Lilia. Hors d'elle-même, 
et n'écoutant que sa jalouse fureur, la courtisanne s'élance 
vers le comte , et, saisissant le poignard que le démon porte 
à sa ceinture, elle va frapper le comte , quand Lilia, plus 
prompte que l'éclair, se jette entre eux, reçoit le coup des- 
tiné à Frédéric, et tombe inanimée dans ses bras. 

SCÈNE VII. 

Un grand tumulte se fait entendre au dehors. Simplice 
paraît et va chercher la garde; tout le monde accourt, 
Thérésine au désespoir s'empare de sa fille et lui prodigue 
ses soins. Phœbée se perd dans la foule et disparaît; on 
emporte Lilia évanouie, et au moment où Frédéric déses- 
péré s'apprête à suivre la jeune fille, Simplice rentre ra- 
menant le grand bailli et ses estafiers. 

SCÈNE VIII. 

Le bailli retient le comte; Frédéric, désolé d'être séparé 
de Lilia , proteste en vain de son innocence : « Un crime a 



— 24 — 

été commis,» dit le juge, «il me faut un coupable quelcon- 
que , et je vous arrête. » Mais tandis que le bailli tourne le 
dos pour placer des sentinelles à toutes les issues, le diable 
saisit la main de Frédéric , l'entraîne vers le mur de l'ap- 
partement, qui s'ouvre pour le laisser passer avec le page, 
puis se referme vivement derrière eux. 

Le grand bailli se retourne et reste stupéfait de ne plus 
voir personne. Furieux de ce que sa proie lui échappe, et 
voulant arrêter quelqu'un à tout prix, il saisit le pauvre 
Simplice au collet et le fait entraîner par ses estafiers , 
malgré les cris et les efforts du malheureux paysan. 

FIN DU TROISIÈME TABLEAU. 



QUATRIÈME TABLEAU. 

Le théâtre représente un site pittoresque sur le bord de la mer. A droite 
du spectateur, une petite maison de pêcheur; au fond, un rocher 
sur le haut duquel on aperçoit une chapelle dont la porte principale 
est placée en face du public. On arrive à la chapelle par un large 
escalier taillé dans le roc. 



SCENE I. 

Une barque, montée par des pirates, aborde au rivage. 
Les forbans, conduits par Bracaccio, leur chef, examinent 
la plage avec attention : ils se mettent à boire en attendant 
quelques bons coups à faire. 

SCÈNE IL 

Janetta et quelques jeunes filles reviennent de la pêche. 

Les pirates les entourent et leur offrent de légers présens. 

La connaissance est bientôt faite. Bracaccio est très em- 



— 25 — 

pressé auprès de la coquette Janetta... Une danse de ca- 
ractère commence entre eux... Après la danse, on voit 
s'ouvrir la porte de la maisonnette. Les pirates saluent les 
jeunes filles, s'éloignent vivement et se dispersent en allant 
se cacher dans les rochers. 

SCÈNE III. 

Lilia sort de la maisonnette , appuyée sur sa mère et le 
docteur Hortensius , qui ne l'a pas quittée depuis le fatal 
événement , et qu'elle remercie de ses soins généreux « La 
blessure est légère, dit le docteur, bientôt il n'y paraîtra 
plus. » Toutes les jeunes filles entourent Lilia , en lui témoi- 
gnant de l'intérêt. 

SCÈNE IV. 

Frédéric accourt sans voir Lilia d'abord, il interroge 
tout le monde sur le sort de celle qu'il aime... Il l'aperçoit 
enfin et va tomber à ses pieds. Il lui peint ses transports , 
son bonheur en la retrouvant après avoir cru la perdre !... 
« Et c'est pour moi! pour sauver mes jours, lui dit-il , que 
tu as exposé les tiens ! » Il ne lui cache plus son amour ; 
lui montre sa croix d'or qui ne l'a pas quitté. Le trouble 
de la jeune fille dit assez à Frédéric combien il est aimé. 
Le comte veut montrer à Lilia toute sa tendresse; il veut 
lui consacrer une vie qu'elle lui a conservée, et lui offre de 
l'épouser. Lilia , tremblante de surprise et d'émotion, n'ose 
croire à un tel sort. ïhérésine elle-même est stupéfaite 
d'une pareille olfre. Frédéric insiste ; il est riche, heureux; 
il veut s'unir a celle qu'il aime , et faire à jamais son bon- 
heur. Il la conjure d'accepter... Lilia ne sait que répondre 
a tant d'amour; mais le comte la supplie de nouveau , et 
Lilia , ivre de joie , tend enfin la main a Frédéric avec une 
vive expression de reconnaissance et d'amour. Â ce mo- 
ment reparaît Uriellc , qui voit tout d'un coup-d'œil et 
semble éprouver la plus vive douleur. 

Hortensius complimente son élève sur le sage parti qu'il 
vient de prendre. Thérésine et les jeunes filles s'empressent 
autour de Lilia, et la félicitent sur son bonheur... Frédéric 
veut que le mariage se fasse le jour même ; il va tout pré- 
parer. Tandis que les compagnes de Lilia emmènent la 



— 26 — 

jeune fiancée dans sa chaumière pour commencer les ap- 
prêts de sa toilette de noce... Frédéric sort suivi du vieux 
docteur, après avoir fait ses adieux à sa fiancée. 

SCÈNE V. 

Urielle, au désespoir, ne sait que faire !.. A quel parti 
s'arrêter!.. Celui qu'elle aime va lui être enlevé pour ja- 
mais. A ce moment , une femme voilée paraît portée dans 
une litière et suivie d'un écuyer. C'est Phcebée qui retourne 
à sa villa, croyant sa vengeance satisfaite ;... elle s'arrête 
en voyant le prétendu page , descend de sa litière , fait 
éloigner l' écuyer qui l'accompagne, et questionne Urielle 
sur le jeune comte. «Il va s'unir à celle qu'il aime , répond 
le page. — Impossible ! s'écrie Phœbée. — Dans quelques ins- 
tans , ils seront mariés , répond Urielle. » Phœbée refuse 
de croire à ses paroles... Le diable étend alors la main vers 
la chaumière, dont la fenêtre s'ouvre vivement, et l'on 
aperçoit dans l'intérieur le tableau de la toilette de noce 
de Lilia. La jeune fille est assise , habillée de blanc et en- 
tourée de sa mère et de ses compagnes, qui achèvent de la 
parer... Janetta lui attache le voile nuptial sur la tête... A 
cette vue . Phœbée ne contient plus sa fureur... Le diable 
fait un mouvement, et, sur ce nouveau signe, la fenêtre se 
referme et tout disparaît. 

SCÈNE VI. 

Bracaccfo et les pirates sortent de leurs rochers ; ils ap- 
prêtent leurs barques et vont partir... Le page les indique 
à la courtisanne, en lui apprenant ce qu'ils sont... Un af- 
freux projet s'offre à la pensée de Phœbée ; elle appelle 
Bracaccio ; celui-ci accourt entouré de ses gens : Phœbée 
leur montre la chaumière, et leur offre une bourse remplie 
d'or s'ils veulent enlever la jeune fille : « Marché conclu, » 
dit Bracaccio... Le diable exprime sa joie... La porte de la 
maisonnette s'ouvre... Phœbée, les pirates et leur chef 
se tiennent à l'écart. 

SCÈNE VII. 
Le jour commence à baisser. Lilia sort de la chaumière : 



— 27 — 

elle regarde si elle n'aperçoit pas son amant ; puis, par une 
inspiration touchante , elle s'agenouille près delà croix du 
rivage et se met à prier. On entend tinter au loin la cloche 
de la chapelle du rocher, qui annonce le mariage que l'on 
va y célébrer ! 

Phœbée, quittant alors sa retraite , désigne la jeune fille 
à Bracaccio ; celui-ci ordonne aux pirates de l'entourer : ils 
s'en approchent avec mystère; et, la saisissant tout-à- 
coup, ils lui ferment la bouche, l'emportent, malgré ses 
efforts, dans la barque qui les attend, et vient recevoir de 
la Phœbée la bourse qu'elle lui a promise ; mais le diable 
tirant à son tour Bracaccio à part , lui montre deux autres 
bourses, et les lui offre, s'il veut aussi enlever la Phœbée 
par la même occasion : « Gomment donc, dit le pirate, avec 
plaisir ; deux bonnes affaires au lieu d'une ; » et, avant que 
la courtisanne ait eu le temps de se reconnaître, Bracaccio 
et deux de ses forbans s'emparent d'elle et la transportent 
dans la barque à côté de sa victime. Le diable leur jette son 
or, et s'enfuit en riant aux éclats. La barque se perd dans 
le lointain. 

SCÈNE VIII. 

Frédéric redescend de l'église, suivi d'Hortensius. Le 
comte est transporté de bonheur et d'amour. Un paysan 
vient annoncer que tout est prêt pour la cérémonie. « On 
n'attend plus que les époux! » 

Un chant d'orgue se fait entendre dans la chapelle. 

Le comte court à la maisonnette et frappe à la aorte , 
tandis qu'Hortensius fait ranger tous les villageois pour 
recevoir la jeune mariée. 

SCÈNE IX. 

La porte s'ouvre , et la fiancée de Frédéric sort de la 
chaumière dans le costume nuptial dont on l'a parée aux 
yeux de Phœbée : son voile est baissé; elle est suivie d'une 
foule de jeunes fdles également vêtues de blanc; mais, 
tandis que Frédéric va chercher Thérésine, la mère de 
Lilia, la fausse fiancée lève son voile et laisse voir aux 
spectateurs le malin diable, qui a pris la place de la mariée 
et s'applaudit de sa ruse. Thérésine et Frédéric s'appro- 



— 28 — 

client. Le démon baisse vivement son [voile; |mais il est 
bientôt victime de sapropre ruse , car il va falloir qu'il su- 
bisse la cérémonie religieuse du mariage, et d'abord la 
pieuse bénédiction de la mère de Lilia. C'est avec effort que 
Frédéric fait agenouiller Urielle devant ïhérésine. Le diable 
dissimule de son mieux , mais semble fort mal à son aise 
pendant la bénédiction de la paysanne. 

Le cortège se dirige ensuite vers l'escalier de la chapelle, 
sur un air de marche villageois; mais, à mesure qu'on 
avance, la fiancée semble se troubler davantage. A ce 
moment, les portes du temple s'ouvrent lentement, et l'on 
aperçoit, au fond, l'autel paré de cierges allumés. Le 
prêtre, dans ses habits sacerdotaux, s'avance sur le seuil de 
l'église pour recevoir les nouveaux époux. La mariée, de 
plus en plus agitée sous son voile, paraît résister à Frédéric 
qui l'entraîne vers l'autel. 

Tout-à-coup le ciel s'obscurcit, le tonnerre gronde dans 
le lointain ; la musique devient plus sombre et plus lugubre. 
Le comte a déjà fait gravir les premiers degrés du rocher 
à sa compagne, lorsque le prêtre chancelle à son tour , un 
tremblement universel s'empare de lui, et, au moment où 
les fiancés vont franchir les dernières marches pour péné- 
trer dans le lieu saint, le prêtre se recule avec horreur 
comme repoussé par une force surnaturelle. Les cierges de 
l'église s'éteignent; les portes se referment violemment ; le 
tonnerre éclate ; et la foudre vient frapper la fausse fiancée, 
qui tombe inanimée dans les bras du comte éperdu. 

La plus vive terreur s'empare de la foule ; on fuit l'église 
avec horreur. Frédéric entraîne la prétendue mariée sur la 
place, la dépose inanimée sur un banc de mousse, enlève 
le voile qui la couvre, et reconnaît, avec effroi, le diable 
à la place de celle qu'il aime. 

La consternation est générale... Chacun court, chacun 
s'agite, on se désespère... on cherche Lilia de tous les 
côtés. 



SCÈNE X. 

Simplice paraît alors ; il était dans la barque en mer: il 
raconte le rapt de Lilia, qu'il a vu de loin. Frédéric, au dé- 
sespoir, se jette dans une nacelle suivi de quelques hommes, 



— 29 — 

et s'élance à la poursuite des ravisseurs. 

Thérésine et toutes les femmes tombent à genoux, et , 
pendant leur prière au ciel, on voit le banc de gazon, sur 
lequel repose Uricllc, s'abîmer lentement, et disparaître, 
au milieu des flammes , dans les entrailles de la terre. 



FIN DU DEUXIÈME ACTE. 



ACTE III. 



CINQUIÈME TABLEAU. 

le théâtre représente une grotte obscure de l'aspect le plus sombre et 
le plus sauvage. Adroite, un rocher. A gauche, un escalier souter- 
rain conduisant dans les entrailles de la terre. 



SCENE I. 

Belzébuth est debout , au milieu de la grotte ; des dé- 
mons des deux sexes l'entourent, et, courbés devant lui, 
semblent attendre ses ordres. Il a l'œil en feu, la colère 
sur le front. 

Urielle est évanouie sur le banc qui s'est englouti en 
l'entraînant aux enfers à la fin du deuxième acte... Belzé- 
buth s'approche d'elle, la regarde avec mépris, et la tou- 
chant de son sceptre, il la rend à l'existence... Urielle va 
se prosterner aux pieds du maître, qui lui demande compte 
de sa mission.... Urielle avoue qu'elle n'a pu séduire Fré- 
déric: « Il en aimait une autre, dit-elle, et je l'aimais moi- 
même. » Belzébuth , furieux , la menace de sa vengeance. 
« Pas de grâce, dit le démon, pas de pitié pour toi, si tu 
ne me livres l'âme de cet homme ; qu'il signe ce pacte, dit- 
il en lui présentant un parchemin , qu'il soit à nous, et je 
te pardonne. » 

Plusieurs démons du sexe d'Urielle courent à l'esprit 
infernal qui leur montre Urielle avec mépris... «Elle n'a 
pu me gagner une âme, dit-il, elle n'a pu séduire un 
homme. » Toutes s'offrent aussitôt pour la remplacer sur 
la terre... pour aller achever sa mission. Belzébuth va choi- 
sir l'une d'entre elles, quand Urielle, triste et pensive d'a- 
bord , Urielle , que son amour et ses regrets paraissent 
uniquement occuper , se relève à la proposition de ses ri- 



r 



vales... Elle semble sortir d'un songe : sa jalousie renaît ; 
et, se redressant fièrement, elle les examine Tune après 
l'autre avec mépris, semble leur dire : «Qui peut lutter 
avec moi de charmes et de beauté?... C'est à moi qu'il 
appartiendra, » dit-elle, en saisissant le pacte; «à moi 
seule, je le jure. » A ce serinent, une musique infernale se 
fait entendre. Toutes les rivales d'Urielle l'entourent et la 
félicitent. Le démon paraît fier de retrouver Urielle digne 
de lui. « Je te donne trois jours, » lui dit-il, en renversant 
trois fois devant elle un sablier de bronze : « mais si ce 
pacte n'est pas signé, si dans trois jours tu ne me ramènes 
pas l'âme que tu vas chercher , trembles pour toi-même... 
ma fureur ne t'épargnera pas. » Urielle sourit à cette me- 
nace ; puis, indiquant le haut de la voûte, elle demande à 
retourner sur terre. «Pars donc, lui dit Belzébuth, nous 
t'attendons aux enfers. » Sur un signe du démon, la terre 
s'entrouvre, et il s'engloutit, ainsi que les compagnes d'U- 
rielle, tandis que celle-ci s'élance vers la voûte et disparaît. 



SIXIÈME TABLEAU 

Le théâtre représente l'intérieur d'un riche bazar ou marché d'esclaves 
à Ispahan. 



SCENE L 

k droite, un vaste caravansérail, fermé par d'épais ri- 
deaux; à gauche, de longs divans, sur lesquels sont cou- 
chées des esclaves voilées. Des groupes nombreux , des 
marchands de toutes sortes se croisent en tous sens. Là , 
c'est un iman qui prêche; ici, des bayadères qui dansent ; 
plus loin, des jongleurs faisant des tours, et puis des der- 
viches qui tournent ; partout un grand mouvement. 



— 33 — 



SCENE IL 



Des marchands d'esclaves paraissent; ils amènent plu- 
sieurs jeunes femmes à vendre... Toutes sont voilées. Le 
chef des marchands , c'est Bracaccio le pirate ; il vient au 
marché d'Ispahan pour trafiquer de Lilia , de la Phœbée , 
ses nouvelles captures , ainsi que de ses nombreuses es- 
claves... Il les présente aux chalands qui les examinent. 

Bientôt les forbans, voulant faire valoir les grâces de 
leurs captives , leur ordonnent de danser en présence des 
acheteurs. Plusieurs jeunes filles en costume de péris et 
d'aimées exécutent différens pas d'ensemble en présence 
de la foule qui les applaudit. 

SCÈNE III. 

Bracaccio , qui réservait ses deux plus précieuses beau- 
tés pour les offrir en dernier à l'admiration des spectateurs, 
force la pauvre Lilia à se joindre aux autres esclaves et à 
danser comme elles, ce que l'infortunée jeune fille exé- 
cute en versant des larmes. Tout-à-coup on entend le ca- 
non. C'est un vaisseau européen qui arrive dans le port... 
Différens passagers en sortent, et le comte Frédéric paraît 
bientôt, suivi de quelques matelots. Sur l'ordre des mar- 
chands, toutes les esclaves baissent leurs voiles. 

SCÈNE IV. 

Le comte se dirige aussitôt vers le bazar et le parcourt 
d'un air inquiet et curieux; mais la vente va commencer. 
C'est Phœbée, c'est Lilia que propose d'abord le pirate. Il 
abaisse lui-même leurs voiles. Les yeux de Frédéric tom- 
bent sur Lilia... Eperdu de joie et d'amour, il court à la 
jeune fille pour la délivrer, Lilia s'élance de son côté vers 
lui, comme vers son seul protecteur... Mais Bracaccio re- 
tenant le comte lui dit : « Tout beau , mon jeune seigneur î 
achetez-la d'abord. — Mais qui t'a vendu cette jeune fille ? 
s'écrie Frédéric... — Elle, répond le malin pirate, en mon- 
trant Phœbée. — Et qui vous a vendu vous-nmme , dit Fré- 
déric à la danseuse. -^ Votre page , répond Phœbée avec 
colère, en ayant Pair de le chercher près du jeune comte 



A ce moment , Bracaccio fait placer Lilia sur une estrade 
élevée, puis, il la met aux enchères, à la grande fureur de 
Frédéric. 

SCÈNE V. 

Une foule d'acquéreurs se présentent et tendent leurs 
bourses au pirate. C'est à qui possédera la jeune fille ; mais 
Frédéric couvre toutes les enchères : il en donne plus que 
tout le monde... il va l'emporter... retrouver l'objet de 
son amour!., quand un nouveau tumulte se fait entendre 

SCÈNE VI. 

Un vieillard entouré d'eunuques paraît porté dans un 
palanquin... c'est le grand visir; il s'approche, et semble 
frappé de surprise et d'admiration à la vue de Lilia. Il an- 
nonce au pirate qu'il la veut à tout prix. Tous les acqué- 
reurs se retirent devant le visir. . . Il offre une somme consi- 
dérable au pirate : Frédéric la couvre... Le visir double la 
somme ; le comte la couvre encore. Le visir présente au 
pirate un sac d'or porté par ses eunuques... Frédéric com- 
mence à frémir. Lilia désespérée lui tend les bras... Le 
forban est indécis. . . Le pauvre amant ne se connaît plus. . . 
Il montre au pirate le navire sur lequel il vient d'aborder, 
et le lui livre contre sa captive. . . 

Le vieux visir sourit et fait offrir par ses eunuques à 
Bracaccio un vaste coffre plein de richesse. 

Frédéric n'a plus rien... il sent qu'il va perdre celle qu'il 
aime. . . quand il se retourne et voit Urielle qui sort tout-à- 
coup d'une fontaine et se place près de lui ; son espoir 
renaît à cette vue ! il court au pirate qui va livrer Lilia au 
visir. . . Il le supplie de lui donner quelques instans , puis 
revenant à Urielle , il lui commande de lui trouver de l'or. 

Urielle sourit, se croise les bras, et lui tourne le dos 
sans lui répondre. Frédéric furieux ordonne de nouveau , 
mais Urielle est insensible. 

Le visir s'impatiente... Le pirate veut en finir... Frédéric, 
passant alors des menaces aux prières, supplie, conjure le 
démon de sauver Lilia. . . . Urielle persiste dans son refus. 
Le comte reste frappé de désespoir, et le pirate s'appro- 



~~ 35 — 

chant du visir, lui montre Lilia, en lui disant : «Elle est 
à vous. » Frédéric furieux va s'élancer vers le pirate ; les 
gardes du visir le retiennent. 

Lilia s'évanouit , et on la transporte dans le caravansé- 
rail , suivie de son nouveau maître. Tout le monde s'é- 
loigne. 

SCÈNE VIL 

Frédéric ne se contient plus ; il s'approche d'Urielle avec 
rage , et lui demande compte de sa désobéissance. « Tu 
peux la sauver, » lui répond Urielle, «Lilia peut encore 
t' appartenir. — Parle, parle!., s'écrie le jeune homme, 
mon sang, ma vie, tout est à toi... — Je veux mieux que 
cela, lui dit le démon... je veux ton âme !.. Frédéric recule 
épouvanté... « Signe cela, » lui dit Urielle en lui montrant 
le pacte... « et je te rends celle que tu aimes... » Frédéric 
repousse la dangereuse créature ; mais Urielle lui montrant 
le fond du caravansérail lui fait écouter un air de marche : 
c'est celui du départ et de l'enlèvement de Lilia. Frédéric, 
au comble du désespoir, résiste encore; mais bientôt on 
aperçoit le visir, entouré de ses gardes, traverser le bazar, 
escortant la litière qui renferme Lilia. 

A cette vue , le comte ne se connaît plus. . . Il saisit le par- 
chemin que lui présente Urielle, et , se piquant le bras de 
son stylet, il signe le pacte infernal qui le perd à jamais. 

SCÈNE VIII. 

Urielle fait un signe de joie et de triomphe ; elle désigne 
le visir à Frédéric, en lui disant d'aller le retenir. Le jeune 
homme, plein d'espoir dans les promesses du diable, court 
au visir et l'arrête,.. A ce moment, le gracieux démon 
laisse tomber le bornouss qui la couvre , et paraît tout-à- 
coup dans un riche et bizarre costume de bayadère ; puis 
elle commence un pas original aux sons d'une musique bril- 
lante qui éclate en ce moment. 

SCÈNE IX. 

Le cortège, attiré par cet étrange spectacle, entoure la 
nouvelle danseuse et l'examine avec admiration. Le visir 



— 36 ~ 

lui-même paraît éprouver la plus vive séduction : il s'ap- 
proche bientôt d'Urielle , la regarde avec amour , et met 
toutes ses richesses à ses pieds... Urielle lui désigne Fré- 
déric comme son maître, et lui répond qu'elle dépend de 
lui seul... « Que veux-tu pour elle? » demande le visir au 
comte... — Elle! s'écrie-t-il en montrant Lilia. Le vieillard 
refuse , et Urielle termine alors son pas avec tant de charmes 
et de grâces, que le visir, transporté, n'hésite plus, et, 
courant à Frédéric : « Troc pour troc , » lui dit-il en lui 
indiquant Lilia... Le comte, au comble de la joie, s'em- 
presse de consentir : il court à la jeune captive et la serre 
dans ses bras, tandis que le visir s'approche d'Urielle, qui 
rit sous cape de la passion du vieillard. « J'ai tenu ma pro- 
messe, ))semble-t-elle dire à Frédéric, « songe à la tienne. » 
Le comte, tout à son amour, entraîne Lilia vers son 
navire, dont l'équipage accourt à sa rencontre. Le visir, 
de son côté, fait approcher le palanquin qui renfermait 
Lilia , et y faifr monter Urielle : la malicieuse créature s'y 
place en lui riant au nez , et disparaît au moment où le 
visir va monter près d'elle. 

SCÈNE X. 

Le visir, attéré, confondu d'un pareil prodige, ne peut 
en croire ses yeux ; il se livre au désespoir. A ce moment 

reparait Bracaccio conduisant Phœbée Le pirate la 

lui présente... Le vieillard furieux, mais qui veut une es- 
clave à tout prix, jette sa bourse au forban, fait placer la 
courtisanne dans la litière, et l'emmène, avec humeur, a 
la place de sa nouvelle esclave ! 



FIN DU SIXIEME TABLKAU. 



— 3/ — 



SEPTIÈME TABLEAU. 

Le théâire représente la vieille tour du premier acte. 



SCENE I. 

Il est nuit; une lampe éclaire la tour; c'est la veille du 
mariage de Lilia et de Frédéric. Frédéric est appuyé sur la 
table et paraît réfléchir profondément ; Lilia est à genoux 
devant le prie-Dieu ? sur un siège , la couronne nuptiale et 
le voile de mariage de Lilia... Frédéric se relève, court à 
sa fiancée, et semble lui dire que, dans peu d'heures, il 
seront unis ! 

Lilia va sortir pour aller reposer ; elle fait de tendres 
adieux à Frédéric qui la presse contre son cœur ; puis , au 
moment de s'éloigner, elle revient encore près de lui en 
lui exprimant une vague inquiétude. Frédéric la rassure , 
l'embrasse de nouveau , et la jeune fille rentre dans sa 
chambre. 



SCENE II. 

A peine le comte est-il seul , ivre d'amour et d'espoir, 
que l'horloge sonne lugubrement minuit; au même ins- 
tant, on frappe à la porte. Les verroux se tirent d'eux- 
mêmes ainsi que la portière. Frédéric semble troublé de 
ce bruit imprévu. La porte s'ouvre alors , et l'on voit pa- 
raître Urielle, qui s'arrête sur le seuil, le pacte infernal a 
la main. Le comte reste frappé de terreur à cette vue... 
Urielle s'avance vers lui.... et, lui montrant l'infernal 
traité , dont le terme fatal vient d'expirer , elle en réclame 
l'exécution. Frédéric, se rendant maître de son émoUon, 
lui répond, en souriant, que de pareilles dettes ne se 
paient pas, et qu'il refuse d'acquitter celle-là; mais Urielle 
insiste et lui ordonne de la suivre à l'instant. 



- 38 — 

« Mais, que t'ai-je fait?» lui dit alors le jeune comte, 
«et pourquoi me persécuter ainsi... — Pour t'arracher à 
elle ! » s'écrie alors Urielle, hors d'elle-même , en montrant 
la chambre qui renferme Lilia, « parce que je suis femme 
comme elle, et que je t'aime comme elle... » ajoute-t-elle 
en paraissant dans toute sa beauté. Frédéric semble anéanti 
de cet aveu. « Depuis que tu m'as évoquée , » reprend 
Urielle en rappelant la scène de l'apparition... «depuis 
que je t'ai vu, je t'aime ! et je brave tout pour toi. — Mais 
ma foi , ma main , mon amour, ma vie sont à elle ! » répond 
Frédéric. « Dans peu d'heures nous serons unis , » ajoute- 
t-il en désignant le voile nuptial de la jeune fille. « Ja- 
mais ! » s'écrie Urielle avec fureur ; « suis-moi... je le veux ; 
je l'ordonne. » Et Frédéric, attiré comme par une force 
surnaturelle, glisse vers Urielle, qui étend déjà la main 
pour le saisir, quand la porte de la chambre de Lilia 
s'ouvre violemment; elle s'en élance vivement, court à 
son amant, tombe à ses genoux, et le retient au moment 
où Urielle allait s'en emparer. A cette vue, la fureur ja- 
louse du diable-femme ne connaît plus de bornes; elle 
veut Frédéric, il est à elle!., d'un geste , elle repousse 
la malheureuse Lilia... puis, appuyant sa main sur l'épaule 
du comte , elle va s'engloutir avec lui. Frédéric voit qu'il 
est perdu... il serre une dernière fois, avec passion, Lilia 
évanouie contre son cœur... puis, se rapprochant d'Urielîe, 
il lui exprime toute son horreur. «Je te suivrai, » lui dit-il 
avec désespoir, « puisque ton pouvoir infernal m'y force; 
mais tu n'emporteras que mon cadavre aux enfers ! » Tirant 
alors son poignard , il le lève sur son cœur et va s'en 
frapper. Urielle a tout vu ; d'un geste , elle arrête le bras 
du comte ! un horrible effroi se peint dans ses traits ; re- 
gardant à la fois Frédéric et Lilia, le bien et le mal se 
livrent un combat cruel dans son cœur ; le bon et le mau- 
vais ange se le disputent!! Mais bientôt un sentiment nou- 
veau s'empare d'elle : l'âme de la femme triomphe de celle 
du démon ! L'amour, la pitié l'emportent. « Je me perds à 
jamais pour toi ,» dit-elle à Frédéric ; « mais je te sauve et te 
rends au bonheur ! » Puis , saisissant le pacte infernal , elle 
le précipite dansl'atre brûlant, tandis que le comte la re- 
garde avec une douloureuse anxiété. 
A peine les flammes ont-elles reçu l'odieux traité , que 



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la vie d'Urielle semble la quitter et s'éteindre avec le feu 
qui consume le pacte. Tournant les yeux vers Frédéric, elle 
le supplie de lui donner sa main qu'elle place sur son 
cœur : « C'est lui qui me tue, » dit-elle, « lui qui t'appar- 
tiendra jusqu'à mon dernier soupir; à moi la mort éter- 
nelle! pour elle,» ajoute-t-elle en désignant Lilia, «le 
bonheur, ton amour, la vie!» La flamme du brasier s'é- 
teint , et Urielle expire en même temps qu'elle. 

Le comte, surpris d'un si grand dévouement, montre 
l'infortunée à Lilia, qui vient de recouvrer ses sens. La 
jeune fille , partageant l'émotion de son amant, s'approche 
d' Urielle, et semble adresser au ciel une fervente prière 
pour elle. Frédéric se joint à la pieuse intention de Lilia ; 
puis, détachant le rosaire et la croix que la jeune fille, 
lui a donnés au premier acte, il les dépose pieusement sur 
le cœur de la morte, et s'enfuit en entraînant sa fiancée. 



HUITIÈME TABLEAU. 



Le théâtre change et représente l'enfer. — Une immense voûte de feu 
couvre un lac ardent qui remplit la scène; une roche toute de flamme 
domine cet effroyable abîme. Au fond , des marches immenses ser- 
vent d'entrée à ce lieu d'horreur. 



SCÈNE ï. 

Belzébuth, entouré de sa cour infernale, semble at- 
tendre sa proie, la malheureuse Urielle; quelques démons 
l'aperçoivent au loin et signalent son arrivée. Un diable 
colossal l'apporte dans ses bras, et la dépose aux pieds de 
Belzébuth. Un mouvement de joie s'empare des démons ; 
ils vont s'élancer sur leur victime, quand tout-à-coup un 



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ange paraît sur la cime de la roche la plus élevée, et semble 
protéger Urielle en étendant les mains sur elle : celle-ci 
revient à la vie et fait un geste d'horreur en se voyant au 
milieu des démons; puis, par une inspiration céleste, elle 
saisit le chapelet et la croix de Lilia, que Frédéric a dé- 
posé sur son cœur, et les présente à l'enfer qui s'élance 
vers elle. Belzébuth et les démons, frappés de terreur à 
la vue des signes sacrés, reculent avec épouvante, tandis 
qu'Urielle monte vers l'ange protecteur qui lui tend les 
bras. 

SCÈNE IL 

A ce moment, le haut de la voûte s'entr' ouvre, des chants 
pieux se font entendre, et l'on aperçoit la montagne et 
l'église du deuxième acte , vers laquelle s'acheminent Fré- 
déric et Lilia qui vont s'y marier, suivis de toute la noce. 
Les démons, sur un signe de l'ange, sont renversés aux 
pieds d'Urielle qu'ils regardent monter au ciel avec fureur 
et désespoir. 



FIN.